Dans les gorges de l'Hérault, tout le monde fait du canoë. Les familles, les couples, les groupes. Sauf que la plupart du temps, ils font du kayak. Et nous, on ne les corrige pas.
En France, « canoë » s'est imposé comme le terme générique pour tout ce qui se pagaie sur l'eau douce. Allez sur n'importe quelle brochure touristique, n'importe quel site d'activités de plein air : « location de canoës ». Même quand il s'agit de kayaks. Même dans les offices de tourisme. Même chez nous.
On assume. On dit « canoë » parce que c'est ce que tout le monde comprend. Parce que si on dit « venez faire du kayak sit-on-top », la moitié des gens imagine une combinaison de plongée et une liste de conditions physiques. Et parce que sur l'Hérault, les deux s'appellent « descente en canoë » depuis quarante ans.
Mais si vous êtes curieux de savoir ce que vous avez réellement fait cet été ou ce que vous allez faire, voici la vraie différence.
La différence qui ne trompe pas
C'est le critère le plus fiable, et le plus simple à observer depuis la berge.
Le canoë : pagaie simple-pale
Une seule lame, d'un seul côté. Vous pagayez alternativement à gauche et à droite selon les instructions, ou du même côté avec des corrections (le fameux coup en J). La poignée en T en haut du manche est caractéristique.
Le Kayak : pagaie double-pale
Une lame de chaque côté, que vous alternez gauche-droite à chaque coup. Pas de poignée en T, juste un manche droit ou légèrement vrillé.
Règle d'or : regardez ce qu'il y a au bout de la pagaie, pas ce qu'il y a sur le bateau. C'est le moyen le plus rapide de savoir où vous êtes.
La position du corps
La différence de position explique beaucoup de choses sur le confort, la puissance et la stabilité perçue.
Le canoë : à genou ou sur un banc
Assis haut sur un siège de canoë ou en appui sur un genou, tronc droit, centre de gravité élevé. La position est plus naturelle pour beaucoup de gens au premier abord, mais moins stable à la moindre maladresse.
Le Kayak : les pied en appui devant
Assis bas, jambes tendues devant soi, pieds en appui sur des cale-pieds. Le centre de gravité est plus bas, ce qui rend le kayak nettement plus stable latéralement. C'est pour cette raison que nous proposons des kayaks sit-on-top en location autonome : ils pardonnent beaucoup plus les erreurs de débutants.
Le bateau : ouvert, fermé
On entend souvent : « le canoë c'est ouvert, le kayak c'est fermé ». C'est vrai en partie mais c'est plus nuancé que ça.
Le canoë : plus souvent ouvert
Le canoë amérindien (ou open canoë) est effectivement à pont ouvert : vous voyez l'intérieur du bateau, vous pouvez y poser un pique-nique, un chien, un enfant. C'est spacieux, convivial, pratique.
Mais il existe aussi des canoës fermés, notamment le C1 et le C2 de slalom ou de descente en eaux vives. Là, le pagayeur (toujours à genoux, toujours avec une pagaie simple) est équipé d'une jupe étanche qui couvre le pont. Un bateau manœuvrable, conçu pour les rapides. Rien à voir avec le canoë de balade.
Le kayak : plus souvent fermé
- Kayak fermé (pont étanche), l'ouverture est délimité par un bord, et peut accueillir une jupe étanche pour les eaux vives ou la mer. C'est le kayak de rivière, de descente, de slalom, de mer.
- Kayak sit-on-top, pont entièrement ouvert, pas de cockpit, pas de jupe. On s'assoit dessus comme sur une planche. Très stable, insubmersible, idéal pour les eaux calmes et les débutants. C'est lui qu'on voit sur les rivières de loisir partout en France, sur l'Hérault et que tout le monde appelle canoê !
La vraie ligne de démarcation du canoë, ce n'est pas l'ouverture ou la fermeture du pont, c'est la pagaie simple et la position à genoux ou sur un banc.
L'histoire et les origines
Ces deux embarcations ne sont pas nées au même endroit, ni pour le même usage. Et ça se voit encore dans leur design.
Le canoë : héritage des Premières Nations
Le canoë descend directement des embarcations des Premières Nations d'Amérique du Nord : Algonquins, Hurons, Ojibwés. Fabriqué en écorce de bouleau, léger et silencieux, il était l'outil du transport, du commerce et de la chasse sur les lacs et rivières du continent. Sa conception ouverte permettait d'y transporter vivres, fourrures et matériel sur des centaines de kilomètres.
Les coureurs des bois français et anglais l'ont adopté au XVIIe siècle pour explorer le Canada. Le mot « canoë » lui-même vient du terme arawak kana:wa, via l'espagnol et le français.
Le kayak : outil de survie inuit
Le kayak, lui, vient des peuples Inuits et Aléoutes, dans les régions arctiques d'Alaska, du Groenland et du Canada. Construit en peaux de phoque tendues sur une armature d'os ou de bois, il était fermé autour du pagayeur pour l'isoler des eaux glacées. La jupe étanche assurait l'étanchéité en cas de retournement et permet l'esquimautage.
Conçu pour la chasse marine individuelle dans des conditions extrêmes, le kayak est rapide, étroit, bas sur l'eau. Deux outils, deux civilisations, deux océans, et aujourd'hui, deux familles de sport réunies sous le même toit de la FFCK.
La grande famille des sports de pagaie
La Fédération Française de Canoë-Kayak (FFCK) est bien plus qu'un syndicat du canoë et du kayak. Elle chapeaute en fait l'ensemble des sports de pagaie pratiqués en France, des plus anciens aux plus récents.
Les embarcations
- Canoë : pagaie simple, position à genoux ou agenouillée, ouvert ou fermé.
- Dragon Boat : grand bateau collectif de 10 à 20 pagayeurs, cadencé au tambour.
- Kayak : pagaie double, position assise, jambes tendues, fermé ou sit-on-top.
- Pirogue : embarcation polynésienne à balancier, pagaie simple, pratique collective.
- Rafting : embarcation pneumatique collective sur eaux vives.
- Stand up Paddle (SUP) : debout sur une planche, pagaie simple longue.
Les disciplines
- Course en Ligne : vitesse pure sur eau plate.
- Descente : rapidité et lecture de rivière sur eaux vives.
- Dragon Boat : courses chronométrées en équipe.
- Freestyle : figures acrobatiques sur une vague ou un trou hydraulique.
- Kayak de mer : navigation côtière ou lacustre sur longues distances.
- Kayak Polo : jeu de balle collectif en kayak, proche du water-polo.
- Ocean Racing : course en milieu marin, longues distances.
- Open Canoë : canoë amérindien, rivière ou eau calme.
- Pirogue : course en embarcation polynésienne à balancier.
- Rafting : descente d'eaux vives en équipe.
- Randonnée Eau Calme : balade au long cours sur rivière ou lac.
- Rivière Sportive : navigation technique sur eaux vives, sans portes.
- Slalom : parcours de portes sur eaux vives, précision et vitesse.
- Stand Up Paddle : course, randonnée ou surf debout sur planche.
- Waveski : surf de vagues à bord d'un kayak court.
Quinze disciplines, six types d'embarcations, une seule fédération. Ce qui les unit : une pagaie, de l'eau, et un équilibre à trouver.
Ce qu'on pratique sur l'Hérault
L'été, en location et en prestation
De mai à septembre, notre base nautique de Gignac propose à la location autonome deux types d'embarcations :
- Kayak sit-on-top : notre embarcation phare pour les descentes. Stable, insubmersible, accessible dès 3 ans sur la Détente . C'est le bateau que vous appellerez « canoë ».
- Stand up Paddle (SUP) : disponible à la location sur la Détente. Léger, il peut se pratiquer assis en decouverte pour être plus stable, mais surtout debout pour un coup de pagaie plus efficace. Il offre un autre point de vue sur la rivière.
Pour les groupes encadrés, nos moniteurs BPJEPS proposent également des activités découverte sur d'autres embarcations : canoë amérindien, Dragon Boat, Big Paddle, selon l'effectif et les objectifs du groupe.
Au club, toute l'année
En dehors de la saison estivale, le club continue de naviguer sur l'Hérault avec ses licenciés. Plusieurs pratiques coexistent :
- Kayak rivière sportive (k1) : nos kayakistes s'entraînent sur les rapides en amont et en aval de Gignac l'hiver quand les débits sont plus forts.
- Kayak course en ligne (k1, k2) : pratique de compétition sur eau plate, pour nos licenciés engagés dans les championnats de France et régionaux.
- Canoë amérindien (c2) : balade en canoë ouvert sur eaux calmes et eaux vives. Accessible aux licenciés et proposé en activité découverte pour les groupes.
- Canoë bus (C9) : balade en canoë ouvert collectif sur eaux calmes entre le Pont du Diable et Gignac. Accessible aux licenciés et proposé en activité découverte pour les groupes.
- Dragon Boat : l'embarcation collective par excellence au rythme du tambour. Pratiqué par nos licenciés, par le groupe Pagaie Santé (activité douce et régulière, adaptée aux seniors et aux personnes en rééducation) sur eaux calmes entre le Pont du Diable et Gignac, et proposé en activité découverte pour les entreprises et les comités.
Une diversité qui permet d'accueillir des enfants de 3 ans comme des seniors, des débutants comme des compétiteurs, et de naviguer sur l'Hérault à toutes les saisons.
